____________Lolita,
Je soupire comme une idiote derrière mon écran, car je ne sais pas comment te répondre.
7 ans d'amitié, en effet. Tu dis qu'on ne se voit plus, le temps nous manque. Mais je ne pense pas que ce soit la seule chose. Nous nous sommes éloignées, depuis un certain temps déjà. Plus le temps passait, plus on grandissait, plus on changeait. On marchait toutes les deux sur le même muret, on est tombées, mais chacune de son côté. Maintenant, nous sommes presque diamétralement opposées, je pense. Lorsque nous nous sommes croisées, dans le bus, notre discussion n'était que surface. Nous n'avons pas réussi à retrouver la profondeur de nos papotages d'avant, ou chaque parole de l'autre était si importante. Comme si nous nous etions retrouvées des années après, et que nous n'avions pas su quoi se dire. Presque inconnue aux yeux de l'autre.
Tu dis que je ne te confie rien. Certes. Tu ne me confis pas grand chose non plus. Je trouve cela plus étrange de ta part que de la mienne. Avant, tu me disais tout. Peu à peu, tu as cessé de me livrer ce qui ce cache dans ta tête. Je ne me suis jamais vraiment ouverte à toi, ce n'est pas méchant, mais tu sais que je n'aime pas parler d'autre chose que de ma surface, de ma carapace comme je la nommais dans mes anciens textes. Personne ne me connais vraiment, je préfère que ce soit ainsi. Tu le sais. Il y a des choses qu'on ne veut pas dire, des choses qu'on ne peut pas dire. Or, je suis un enchevêtrement de ses secrets. Je n'aime pas me confier, je n'aimais déjà pas ça. Je ne changerais pas. Je suis têtue et obstinée, ça aussi, tu le sais très bien.
Je ne pense pas que notre amitié soit morte subitement, je pense que nous l'avons laissé pourrir.
Tu dis avoir besoin de moi. Tu te mens. Tu me mens. Tu as de nombreux amis avec qui tu es bien plus proche qu'avec moi. C'est assez intelligent comme technique. Tu sais que je veux toujours aider les autres. Et quand bien même je voudrais t'aider, Lolita, bien que je ne sois pas réticente à cette idée, je ne le pourrais pas, parce que je ne sais plus rien de toi. Nous nous sommes trop éloignées. Nous sommes presque inconnue aux yeux de l'autre.
Visiblement ton grand problème est Leslie. Tu lui consacres plus de la moitié de ton article. Je vais donc me mettre à la défendre, à défendre notre amitié, comme je sais si bien le faire. Tu m'avais déjà reproché ça. Rappelle toi l'histoire avec Malou. Tu l'avais préféré à moi, alors que je te l'avais présenté. J'avais souffert de ça et je vous l'avez dit, à toutes les deux. Moi aussi j'étais jalouse, donc je comprends ce que tu ressens. Puis tout est revenu dans l'ordre. Tu m'as plus ou moins présenté Leslie, tu lui as dit de venir avec nous à la pause, alors que je ne l'affectionnais à l'époque pas particulièrement. Je me suis vite rapprochée d'elle, quand tu m'as dit ce que tu en pensais, il était déjà trop tard. Je lui en ai parlé, on a décidé plusieurs fois d'insérer de la distance entre nous, à chaque fois on a pas tenu la semaine. Peu à peu, je perdais des points communs avec toi, j'en trouvais d'autres avec elle.
Tu ne nous parlais plus que des gens du Kiosque, des personnes que j'ai rencontré une fois, et dont je n'ai qu'un faible souvenir, en dehors de Teddy, que je vois encore. Avant, c'était les people du chat, si on remonte encore un peu dans le passé, c'était Mathilde. Dans tous les cas, Lolita, tu me faisais bien comprendre qu'ils comptaient plus que moi. « Non, on ne se voit pas samedi, je vais au kiosque. Oui, bah je m'en fout qu'on ai un exposé à faire, tu te démerdes, moi je sors ! » Je t'ai écouté, je me suis démerdé.
On est simplement trop différentes. Je m'évertuais à ne pas changer pour te convenir encore, puis Leslie est arrivée, grâce à elle j'ai changé. Je suis devenue celle que je voulais être. Si je suis heureuse aujourd'hui, c'est en grande partie grâce à elle. Je lui dois tout.
Il faut dire que tu n'as été particulièrement brillante sur la suite des évènements. Lorsque tu as vu que me dire que l'amitié en elle et moi te dérangeait ne suffisait plus, tu es passé à plus fort. Comment se faire insulté de lesbienne par sa meilleure amie ? Mode d'emploie avec Lolita ! Parce que même si je n'ai rien contre les homosexuelles, dans ta bouche, à l'époque, c'était une insulte. Et tu mets bien tout le monde au courant de tes doutes, parce que si tout le monde vient me faire chier avec ça, c'est mieux. Là, tu as vraiment commis une erreur. Puis tu en parles à ta mère, qui en parle à la mienne. Et me voilà obligée de parler de ma sexualité avec ma mère, pour lui dire que non, je ne suis pas homosexuelle. Et tu veux tout savoir ? Je pourrais l'être, elle s'en foutrait. Je serais tueuse en série, elle m'aimerai quand même, parce que je suis sa fille. En tout cas, merci de ses instants de purs bonheur que tu m'as fait passer. Donc, quand bien même j'aurais voulu me confier à toi, je ne l'aurais pas fait, de peur que l'information soit criée au-dessus des toits.
Alors oui, j'ai pensé à toi. Et je me suis dit qu'une fille qui me faisait vivre ça ne valait pas le coup que je cesse d'apprécier Leslie.
Aujourd'hui, je voudrais pouvoir vivre avec toi et Leslie, mais c'est impossible. Rien ne sera plus comme avant, tu le sais. Pourquoi pas se revoir de temps à autre ? Mais je doute fort que notre amitié renaisse et redevienne comme en 4eme.
Pour reprendre ta touche finale : Je ne t'en veux pas
Mo'
pix : une vieille photo de toi.